Tom Lachance
Il contempla un instant l’horizon, ponctuellement voilé par ses longs cheveux roux s’agitant au gré du vent. Tout a si changé à cette époque. Les paysages sont maintenant déformés par d’immenses structures métalliques, de larges cheminées crachent d’épaisses bouffées de fumée noire et les routes autrefois pavées de pierre lisses sont devenus granuleuses et friables. La musique, surtout avait changé. Tant de compositeurs l’avaient succédé après sa mort et leurs créations avaient mené cet art vers une direction qu’il n’aurait jamais pu soupçonner. Maintenant qu’il était de retour, il s’était efforcé d’écouter tous les chefs d’œuvres qui lui étaient posthumes et il avait su y découvrir une beauté et une habilité technique hors du commun. Il avait longtemps cherché sa place parmi tous ses nouveaux contemporains, mais il se sentait prêt à présent. Il retourna à l’intérieur de son petit appartement où l’attendait, sur une table de bois, des manuscrits pêle-mêles de pièces inachevées. Il se saisit d’une feuille vierge et d’une plume. Au-dessus de la première portée, à droite, il écrivit : A. L. V. (1678 - ?).